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D’Etienne De la Boétie à Connasse

Bonheur, Travail

5/17/2018

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D’Etienne De la Boétie à ‘Connasse’

Au cours de la vie d’un salarié, il arrive d’avoir un patron tyrannique. Ce même patron est souvent caricaturé dans la culture populaire. On le retrouve dans les films et les livres. Il est raillé sur internet, craint au travail mais toujours obéit. Pourquoi ?

« Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ». Ce passage tiré du fameux Discours de la servitude volontaire écrit par Etienne de la Boétie illustre bien comment les choses se passent. Plus les tyrans sont tyranniques et plus nous nous plions à leur volonté. Ce qui semble antinomique. On pourrait penser qu’au contraire, le plus une personne se montre autoritaire le moins on s’y plie. Et pourtant ce n’est  pas le cas.

 Les pastilles Canal+ ‘Connasse’ tournées en caméra cachée nous le montrent de manière flagrante. Dans ces vidéos, la comédienne exige des choses toutes plus extravagantes et déplacées à des personnes au hasard. Leur première réaction est souvent l’étonnement. Ils ne savent pas comment réagir et restent souvent coi devant tant de culot. La comédienne agit comme si ses demandes sont légitimes ce qui surprend encore plus les personnes piégées qui se retrouvent finalement à obéir. Ce qui est frappant est que tout en se pliant à la volonté de la comédienne, ils se plaignent et manifestent leur mécontentement, mais malgré tout lui obéissent. Le parallèle avec un boss abusif est limpide. Il exige de nous des choses, parfois infaisables (“Je le veux pour hier.”), pose une pression monstre sur nos épaules et pourtant, nous nous y plions.

La suite de la citation susmentionnée explique d’où ces despotes tiennent leur pouvoir : « et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. ». Ainsi, leur pouvoir n’est pas intrinsèquement lié à eux, mais il dépend de nous. C’est nous qui leur donnons l’importance qu’ils croient avoir et c’est quelque part de notre gré que nous les laissons empiéter sur notre liberté.

De la Boétie ne nous invite pas à nous soulever et faire la révolution. Il n’est pas dans l’action. Tout au contraire, il est dans la passivité. Vous ne voulez plus obéir au doigt et à l’œil à votre patron tyrannique, qu’à cela ne tienne, il vous suffit de désirer arrêter et de ne plus vous y contraindre. Certes, vous avez une obligation morale et juridique face à votre travail, mais ce même cadre juridique vous protège. Vous devez faire votre travail et non pas vous plier aux exigences démesurées d’un supérieur despotique. En somme “Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.”.

A retrouver également sur notre site : La soumission librement consentie en entreprise et Une organisation où les salariés sont libres : Officience

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