Avant il n'y avait rien...et puis l'homme vient

Bonheur et Travail

2/23/2015

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Fabien Salicis

Avant il n'y avait rien...et puis l'homme vient - Cet article est inspiré d’un récent voyage en Inde, à Calcutta. La guest house où nous restons 15 jours, se trouve près d’un croisement où les embouteillages sont légion. A ce titre, un Indien a apparemment pour habitude de faire la circulation, indiquant notamment aux voitures arrivant où se trouvent les espaces vides, permettant à la circulation de s’écouler de manière plutôt fluide. En échange de ce service qu’il rend aux automobilistes, il leur demande une piécette. La majorité des automobilistes semble alors surpris de la demande et refuse généralement de lui donner quelque chose. Durant les 4 jours d’observation, il continue à opérer de la sorte pour un résultat visiblement insatisfaisant à tel point que le 5ème jour, il décide de rester au carrefour mais choisit de ne pas intervenir pour réguler la circulation. Le carrefour s’embouteille alors à partir de 10h à une vitesse incroyable si bien qu’au bout d’une heure, la circulation est devenue strictement impossible, les voitures ne pouvant plus manœuvrer dans le carrefour.

Un homme qui, apparemment, car je ne pourrais pas le certifier avec exactitude, semble coutumier de son intervention, l’interpelle alors et lui donne un billet lui demandant de faire ce qu’il fait d’habitude. Il commence alors à reprendre son travail mais les autres automobilistes ayant vu que le premier chauffeur a donné de l’argent, commencent également à lui donner une piécette à chaque fois qu’il leur trouve un espace libre. Son business est alors lancé. A raison d’une piécette (même de 1 roupie) et compte tenu de la circulation dense de ce carrefour, nous comprenons vite que son activité devient tout à fait lucrative. En parcourant les rues de Calcutta, on se rend vite compte que ce genre d’activité se retrouve assez fréquemment dans des carrefours plutôt étroits et dont la circulation n’est pas évidente.

C’est une expérience assez originale mais qui montre bien la chose suivante : un besoin de marché est pendant mais personne ne l’a perçu ou du moins personne n’a cherché à intenter une action pour le satisfaire. De part son intervention, un marché non satisfait se crée alors, et des acteurs à proposition de valeur forte se créent et satisfont le service. C’est toujours très difficile dans un premier temps de montrer la valeur ajoutée mais une fois que celle-ci se trouve ancrée dans l’esprit du client, elle ne le quitte plus, ce qu’a montré notre régulateur de carrefour, en n’intervenant pas pendant une heure le 5ème jour.

Il semble désormais normal aux gens de donner une piécette pour ce service. C’est alors que survient le problème de la concurrence. Des acteurs, ayant vu ce que faisait apparemment cet expert de la régulation de carrefour, choisissent de l’imiter mais sur son carrefour, celui pour lequel il a crée le besoin. La concurrence devient rude et parfois des perturbations nées du trop plein d’offre se créent. A la fin du séjour, on se rend compte que la ville de Calcutta a envoyé des agents de la police de la ville afin de réguler le carrefour. Le marché disparait mais il y a fort à parier que d’autres carrefours sont dans la même situation et eux n’ont pas d’autorité de régulation de la circulation.

l'homme

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Cette expérience montre à quel point les possibilités de créer une offre à valeur ajoutée sont autour de nous. Elles sont présentes partout, seule une écoute des besoins est à même de créer l’offre. Encore faut-il pouvoir assumer l’investissement initial ce qu’ont représenté les jours de travail pour lequel notre régulateur a créé son marché car, se rendant indispensable, même s’il n’a pas tout de suite rentabilisé son activité, il a contribué de par son action à créer un besoin.

Après tout, créer un besoin n’est-il pas la meilleure manière de le satisfaire ?

 
 
" Avant il n'y avait rien...et puis l'homme vient ", Fabien Salicis - Le Monde Après

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