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La société automatique de Bernard Stiegler

Futur et Travail

8/31/2016

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Dans La Société automatique, l’avenir du travail publié en 2015, l’auteur philosophe Bernard Stiegler s’interroge sur les fondements et les enjeux des changements structurels que connait notre société à l’heure de sa robotisation. Comment devons-nous appréhender les transformations économiques, sociales et politiques qui résultent de « l’automatisation générale » de la société ?

 

Une automatisation intégrée

La réflexion de Stiegler s’appuie sur l'interview de Bill Gates en mars 2014 pour l’AET sur la « software substitution ». Ce dernier affirme qu’avec le développement exponentiel des robots logiques et des algorithmes en mesure de contrôler des machines, l’emploi deviendra une situation exceptionnelle. Selon le philosophe, cela s’explique par l’avènement contemporain de « l’économie des datas », où des quantités astronomiques de données sont analysées littéralement à la vitesse de la lumière notamment par le biais du Big Data, des robots et des réseaux sociaux qui tracent l’activité des individus (souvent malgré nous : faites attention aux cookies !). La société automatique intégrée vers laquelle nous nous orientons, serait dépravée d’emploi car elle ne reposerait que sur des smart cities, des smart phones et des robots fonctionnant en complémentarité en intégrant tous les automatismes humains. Autrement dit, le travail humain n’existera plus car les machines connectées pourront le faire plus vite que nous !

 

Désautomatiser les automatismes : réfléchir par nous même

Selon Stiegler, si la société automatique n’apparaît qu’aujourd’hui et pas sous l’ère du fordisme c’est parce que jusqu’à maintenant l’homme dominait la technique.

Platon appelait le « pharmacon » cet homme qui extériorise son savoir dans la technique, lui permettant ainsi de « s’augmenter », la condition de la survie et du développement de nos sociétés humaines. Mais sous l’ère de la « gouvernementalité algorithmique », fille du Big Data, les machines vont plus vite que nous et nous dépassent en anticipant nos choix et nos actions, et par définition nous empêchent de raisonner par nous-même, donc de créer. Stiegler affirme que cette « économie des datas » nous « décultive ».

Prenons l’exemple de Google, qui se perfectionne en traduction linguistique avec les mathématiques appliquées et non pas grâce à des professeurs de langue, mais qui nous prive de toute réflexion linguistique.

 

Vers une économie de la contribution

Pour Stiegler, la société automatique est inévitable. Les machines nous dépasseront, et le non-emploi sera la norme. Pétrifiant non ? Pas pour lui ! La seule raison pour laquelle cela nous alarme est parce que nous appréhendons ces changements dans le cadre d’une société capitaliste, qui étouffe notre capacité à s’émanciper de l’automatisation intégrée et à réfléchir par nous-même. Selon le philosophe, il faudrait repenser la société entière et généraliser le régime des intermittents, qui existe aujourd’hui dans le monde du spectacle. On reconstruirait une société sans salariés ni employés, où l’on travaillerait par intermittences et où nos heures libres seraient indemnisées… De quoi nous faire réfléchir pour les années à venir.

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