L’altruisme existe : pas besoin de le démontrer pour l’égoïsme

Bonheur et Travail

4/11/2016

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Jean-Hugues Zenoni

L’altruisme - Dans une conférence* à l’université de Grenoble, Mathieu Ricard s’élève contre l’anthropologie hobbésienne classique du « homo homini lupus est ». Cette image de l’homme agissant sur un mode prédateur et ne cherchant qu’à assurer sa survie individuelle est aussi omniprésente que fausse pour le célèbre scientifique et moine bouddhiste.

Il est vrai que l’on a complètement intégré l’entreprise capitaliste contemporaine comme le monde hobbésien par excellence : la course à la promotion par tous les moyens possibles, la compétition excessive et excédante, bref, un univers sans foi ni lois où les égoïstes sont rois.

Pourtant, sur le papier, l’« entre » - prise se situe, a priori, plus dans la veine rousseauienne du « l’homme est naturellement bon » que dans le cauchemar d’égoïsme dépeint par Hobbes. En effet, qu’est-ce qu’une entreprise sinon la division du travail entre plusieurs collaborateurs pour l’atteinte d’un objectif commun ? L’activité, pour être développée, nécessite bien la coopération de tous ceux qui sont parties prenantes dans cette division. Sur le papier toujours, l’entreprise peut donc s’entendre comme lieu de la solidarité indispensable, du faire – ensemble et de l’interdépendance. Paradoxe en nos temps d’individualisme croissant, le bonheur de l’homo laborans moderne ne dépend pas seulement de lui-même mais aussi de ses collègues ?

La performance par l’altruisme ? La science le prouve !

Mathieu Ricard le rappelle : alors que l’homme n’a jamais été un loup pour l’homme, pour la science, il est en revanche démontré que l’évolution de l’espèce s’opère grâce à la coopération. Les émotions altruistes sont indispensables pour établir des connexions de plus en plus complexes par exemple et favoriser la pérennité de l’espèce. « Ce serait absurde que les émotions, l'altruisme, l'empathie soient tombées du ciel uniquement pour et envers l'espèce humaine sans qu'il n'y ait eu des millions d'années qui ont préparé cela. »

Vous ne vous sentez pas l’âme d’un bon Samaritain ?

Pas de panique : comme nos prédispositions à lire et à écrire, notre potentiel d’altruisme nécessite un entraînement pour être révélé. Ainsi, pour l’attention à l’autre, la bienveillance ou la compassion, « l’état normal n’est pas nécessairement un état optimal » affirme Mathieu Ricard.

A l’université de Madison dans le Wisconsin, Richard Davidson, professeur de psychologie et de psychiatrie, et Antoine Lutz, chercheur en neuroscience, ont étudié les effets à long terme de la méditation. Les IRM de personnes entraînées à plusieurs centaines d’heures de méditations, comme Mathieu Ricard, ne laissent aucun doute : les aires du cerveau associées à des émotions positives envers les autres sont beaucoup plus actives chez les eux. Travailler sur son esprit s’avère donc bien efficace pour développer nos comportements pro-sociaux. Mais rassurez-vous, inutile d’imiter les moines bouddhistes et de vous retirer en ermitage, les recherches prouvent également que méditer 30 minutes par jour a des effets structurels sur le cerveau dès le premier mois d’entraînement et des effets sur nos comportements dès les mois suivants. Améliorer vos relations avec vos collègues, souder une équipe ou simplement favoriser l’harmonie dans votre entreprise peut donc quasiment commencer dès demain !

Vous êtes sceptiques ? Mathieu Ricard vous l’accorde, il y aura toujours des récalcitrants. Les travaux d’Ernst Fehr, économiste autrichien, mènent à une conclusion : lors de jeux économiques, 60 à 70% des gens ont d’abord le réflexe de collaborer…ce qui signifie qu’il reste tout de même 30 à 40% d’individualistes. Malheureusement, leur comportement dégrade la confiance générale, les coopérateurs se découragent et la dynamique de groupe s’effondre.

Que faire alors des 30 à 40% d’individualistes ?

Ernst Fehr propose un nouveau concept : la sanction altruiste. Il s’agit pour les coopérateurs de verser une petite somme pour sanctionner les individualistes. Les résultats sont excellents : tous les participants, sans exception, se mettent à coopérer. Même si cela représente un coût pour eux et qu’il n’y a pas de bénéfice immédiat à espérer, les coopérateurs sont prêts à payer pour faire respecter une justice générale et trouver un intérêt à coopérer. Il peut s’agir dans une entreprise de jouer sur le système de primes par exemple. Les applications possibles sont nombreuses et le résultat d’autant plus garanti que proposer aux participants d’arrêter les sanctions altruistes quelques temps après leur implémentation entraîne un refus unanime. Si même les individualistes trouvent un intérêt à l’altruisme, tout espoir est permis.

Références :

Mathieu Ricard :

Richard Davidon.

Antoine Lutz.

Ernst Fehr

" L’altruisme existe : pas besoin de le démontrer pour l’égoïsme" ,  Jean-Hugues Zenoni

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