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L'armée des clones...!

Bonheur et Travail-Portage Salarial

6/23/2014

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L'armée des clones - Se fabriquer un modèle pour tenter de comprendre la complexité du monde et agir sur lui est une tache légitime. Le danger vient quand, à la longue, on finit par identifier le modèle à la réalité et celui-ci, en prescrivant systématiquement un remède « écrit à l’avance », finit par produire de la cécité au lieu de la connaissance. Voila une cause des échecs répétés de nos responsables politiques à conjurer le chômage dans notre société. C’est ce que nous explique Philippe Askenazy dans son dernier livre: Les Décennies aveugles - Emploi et croissance - 1970-2010. Ce fameux « modèle » censé régir le marché du travail flatte notre paresse intellectuelle. Il nous fait écarter les autres interprétations possibles du réel pour nous imposer sa représentation. C’est ainsi que nous nous retrouvons embrigadé dans l’armée des clones, la plus grande menace qui soit pour la démocratie.

l'armée des clones

l'armée des clones

Constatant que dans un environnement concurrentiel, les prix sont en perpétuelle variation pour l’ajustement de l’offre et de la demande, nous trouvons logique que l’entreprise soit fondée à répercuter cette instabilité sur la gestion des couts de ses ressources internes. Le modèle de base part donc de la notion d’appariement entre un agent et une prestation: un contrat stipulant l’ensemble des tâches à effectuer et le salaire versé en retour. Pas besoin de faire référence ni à la singularité du travailleur, autre que ses qualifications, ni à celles du collectif qui l’entoure. Ce modèle prédit au niveau macro-économique, la formation d’un salaire d’équilibre permettant l’ajustement optimal entre offre et demande.

Soit, mais comment expliquer que le chômage puisse subsister en même temps que des offres d’emploi non satisfaites ? Avec la courbe de Beveridge, bien sur ! Celle-ci en représentant l’offre et la demande  insatisfaites d’emplois permet de construire la « théorie du chômage ». Un chômage conjoncturel se traduit par un déplacement le long de la courbe et implique des actions sur le niveau des salaires. Mais que se passe-t-il quand on « change de courbe », ce que « l’économiste en chef » appelait le chômage structurel ? On peut avancer ici beaucoup d’explications plus ou moins rationnelles qui souvent n’ont d’autres finalités que celles propres aux personnalités politiques qui les expriment. Se sortir de l’armée des clones consiste à résister à l’explication officielle du moment qui implique pour la catégorie concernée – jeunes, vieux, femmes au foyer, immigrés, … - de « cloner » le dispositif qui, d’après le modèle, les conduira à l’emploi.

Il est faux de croire que le marché du travail occupe un lieu mythique où se confronteraient une offre et une demande de travail. Son cadre se situe plutôt dans les entreprises, lieu où se tissent des relations d’emploi. La raison d’être d’une entreprise est de constituer, à partir de l’appariement entre une personne et l’entreprise, un « collectif de production structuré ». Parce que l’on cherche à ce que le tout soit supérieur à la somme des parties, la relation d'emploi entre une personne et une entreprise ne peut pas être représentée comme un appariement anonyme. Au contraire, une solution d’intermédiation comme le « Portage Salarial » semble de nature à favoriser la mise en place de relations d’emploi singulières et pérennes.

L'armée des clones, Benoit Debray - Le Monde Après

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