Le Management de l'Impossible, impossible is nothing?

Bonheur et Travail

6/23/2014

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Fabien Salicis

Management de l'impossible -Combien d'expressions existent sur l'impossible: "Impossible n'est pas Français" ou "Nous faisons tout, mais pour l'impossible nous demandons un délai" ? Ces expressions ont de grandes chance d'être nées en réponse à une affirmation : "Ce n'est pas possible".

La vérité c'est que nous nous devrions nous engager souvent à accepter des choses que nous ne pouvons pas faire, qui sont impossibles pour nous. Du moins, en apparence impossibles. Mais la grande force de l'homo laborus n'est pas vraiment de savoir si il peut faire les choses exactement comme il l'a dit. L'important c'est de savoir comment il réagit face à une situation où c'est de toutes les manières impossible de s'en sortir avec les moyens donnés ? Quels compromis et quel arbitrage va-t-il opérer ? Quel choix de raison ou de passion va-t-il faire ? Quels moments de panique va-t-il vivre ? Comment va-t-il les gérer ? Va-t-il réussir ou non à tenir parole et dans quelle mesure va-t-il s'en accommoder intellectuellement et moralement ?

management

Se fixer des objectifs impossibles à tenir est d'un certain côté un facteur fort de perte de crédibilité, et les "afficionados" de la réduction du risque à outrance iront systématiquement défendre ce point de vue. Mais d'un autre côté, quelqu'un qui prend un engagement autrement plus fort que ce qu'il peut faire, soit parce qu'il pense qu'il va y arriver à vue de nez, soit parce qu'il n'a pas tout envisagé, est systématiquement un des plus fort facteur d'innovation. C'est parce que, comme dans le sport, nous sommes capables de nous faire plus mal que ce que nous croyions, que nous sommes capables de dépasser les attentes et de déjouer les pronostics.

La financiarisation du système fait qu'une entreprise qui n'accomplit pas exactement ses objectifs (soit en les dépassant largement, soit en ne les atteignant pas) est considérée comme dangereuse car ses managers ne savent pas prévoir. Mais d'un autre côté, si Gouverner c'est Prévoir, se fixer des éléments impossibles à atteindre c'est Manager. C'est aussi ce qui fait le charme d'un vrai management dans la vie réelle ou rien ne se déroule sans accrocs et donc la valeur des managers est à ce niveau là quantifiable. Parce que Manager exactement selon le plan n'est ni savoureux ni intéressant. On pourrait même dire qu'elle n'est pas le reflet d'un véritable management : le vrai manager se voit-il en temps de prospérité ou en temps de crise ? Si évaluer un manager, c'est quelqu'un qui ne se trompe jamais dans ses prédictions alors, quel évaluation pouvons-nous faire d'un manager qui sait rattraper ses manquements. Qui est le meilleur ?

On vante souvent les mérites des managers qui ne font aucunes erreurs et qui avaient tout prévu. A titre personnel, je dirais que le manager le plus fiable est celui qui sait se tromper et réparer ses erreurs plutôt qu'un manager qui ne se trompe jamais. Parce que pour l'un, on sait qu'il est capable de rattraper ses erreurs mais pour l'autre, on ne sait pas s'il en est capable. Le manager qui fait beaucoup d'erreur et les répare est donc bien plus fiable que le manager qui n'en fait jamais sur le long terme.

Savoir manager ce qui est, en apparence, pas possible est l'essence même du management, celui de l'innovation, du système D et des choix impossibles à faire.
Et comme dirait un adage de Mark Twain, souvent, c'est parce qu'on ne savait pas que c'était impossible qu'on l'a fait.

Dans l'art du management, les managers devraient souvent se mettre dans cette position de prendre des engagements impossibles à tenir. Parce qu'ils seront obligés de réparer leurs erreurs et du coup, sauront réellement leurs limites. Jusqu'à ce que leur apprentissage, grâce à l'erreur, leur permette de dépasser leurs limites.

Le Management de l'Impossible- Fabien Salicis, Le Monde Après

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