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Le Meilleur des Mondes

Bonheur et Travail

6/23/2014

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Le Meilleur des Mondes - Dans un article précèdent (Des Fourmis et des Hommes) je me lançais dans une comparaison hasardeuse entre l'intelligence collective des colonies de fourmis et celle des sociétés humaines. Certains, dont moi, admettaient alors l'idée que nos individualités, supposées créatives et contrariantes, nous poussaient, tel Lucky Luke, à suivre une route solitaire pour "sauver le monde" plutôt que d'adopter une solution collective qui aurait pu se révéler plus efficace. D'autres considéraient que la question essentielle était celle de la lutte des différentes ambitions personnelles qui, pour être légitimes d'un point de vue individuel, sont contre-productives au niveau de la cohésion du groupe. Il se pourrait néanmoins que ces comportements, héroïques ou pas, ne soient en fait que de simples artefacts produits par notre conscience ! C'est en tout cas ce que je comprends à la lecture d'un article fascinant de Paul Jorion qui s'intitule: " Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats".

Cet article s'appuie sur un domaine de la physique qui est de loin le plus difficile à intégrer dans notre intuition d'être humain: la mécanique quantique. Conscient de cette difficulté, Schrödinger a imaginé une expérience de pensée avec son chat dans laquelle au bout d'une minute il devient impossible de dire si celui ci est mort ou vivant. L'univers ayant, parait il, la propriété de se fendre de manière incessante en une multitude de mondes parallèles, Schrödinger sait que son chat est à la fois mort et vivant, du moins tant que personne ne l'observe. Tous les mondes sont possibles et pas uniquement le meilleur, notamment pour le chat. Rebelle aux idées de son mari sur la physique, Madame Schrodinger se plaint auprès de lui: "Erwin, qu'as tu fait avec le chat ? Il a l'air à moitié mort !". Paul Jorion n'hésite pas, il se met carrément à la place du chat ! Il en conclut que notre conscience a pour fonction essentielle de choisir, parmi tous les mondes possibles, le meilleur c'est à dire "le seul monde où mon existence est possible". Le chat conscient est vivant et s'il était mort il ne le saurait pas. Cet exemple permet de comprendre que le monde sélectionné par notre conscience ne coïncide pas forcément avec celui des autres. Chacun s’accroche à ses convictions et organise sa vision du monde en fonction des avantages qu’il en a obtenu et des risques qu'il en redoute. Plutôt que de chercher à modifier frontalement nos convictions respectives, il serait plus efficace de parvenir ensemble à une représentation plus rationnelle du monde qui nous entoure, et évoluer vers le meilleur des mondes.

Un ami physicien me met en garde contre les dangers des interprétations macroscopiques des phénomènes quantiques. Une propriété physique appelé "décohérence" fige les états quantiques à grande échelle. "C'est dommage" me dit-il car en l'absence de celle ci, "en te précipitant suffisamment de fois contre un mur, tu finirais par passer au travers !". J'ai effectivement eu l'impression dans ma vie de me heurter plusieurs fois au même mur sans que, sur le moment, ma conduite me paraisse incohérente. Tout à fait normal nous explique Paul Jorion, l'espèce humaine se caractérise des autres animaux par une grande persistance dans l'erreur : " l'animal privé de conscience est confronté à l'objectivité de la réussite ou de l'échec de ses comportements ; au contraire, l'homme dont la conscience s'attache au monde qui le punit le plus bénignement pour ses erreurs, est encouragé à persévérer".

le meilleur des mondes

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Pour ceux qui persisteraient à lire ce blog je vais terminer sur une note heureuse en constatant avec bonheur que le monde retenu par ma conscience permet des rencontres enrichissantes avec les autres. Je suis conscient qu'il n'en a pas toujours été ainsi dans l'histoire et que même aujourd'hui, il y a des régions dans le monde où "rencontre" ne signifie pas forcément "échange d'idées"... Cependant, avec le développement d'Internet, notre époque nous offre, à tous et partout, des possibilités extraordinaires pour élargir notre compréhension du monde en partageant la conscience que chacun en a.

J'y vois aussi une justification et une définition du travail de consultant en entreprise qui consisterait à parler d'un sujet suffisamment longtemps et de telle manière que l'attention de son client se fixe, pour lui permettre ensuite d'évaluer par lui-même la pertinence de nouvelles actions. Evidemment, il vaudrait mieux que le sujet retenu par le consultant soit utile pour le client, ouvert sur le monde et sur les possibilités d 'écoute et de dialogue qu'il contient. Sinon, il ne s'agirait que d'une "persistance dans l'erreur" de plus et de cela, le monde macroscopique dans lequel nous vivons en est suffisamment pourvu !

Le Meilleur des Mondes, Benoit Debray - Le Monde Après

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