Le workaholism japonais : le karoshi

Actualités

2/10/2017

0 commentaire(s)

Rochna Zaki

« La vie n’est pas le travail : travailler sans cesse rend fou. » Charles de Gaulle

« Bourreau de travail » en français, cette expression désigne une personne qui a développé une sorte de dépendance au travail. Elle fait référence à un investissement excessif dans l’activité professionnelle, qui se manifeste par une présence quasi-permanente sur le lieu de travail et/ou la quête insatiable de la performance et de la productivité, au détriment d’autres moments de vie (famille, amis, loisirs, repos)

Au stade d’épuisement professionnel, le burnout selon l’expression anglophone, ce phénomène peut avoir des répercussions psychologiques et/ou psychiques, s’accompagnant souvent de symptômes de dépression, d’un sentiment de dévalorisation etc.

Le Karoshi

Le Japon est, malheureusement, un des pays où le phénomène est particulièrement répandu. Le stade d’épuisement professionnel est désigné par le terme karoshi, qui signifie littéralement « mort par excès de travail ». Ce sont trois médecins japonais qui l’ont conceptualisée : M. Hosokawa, S. Tajiri et T. Uheta. Ce dernier, dans un ouvrage intitulé Long working hours and occupational stress-related cardiovascular attacks among middle-aged workers in Japan, paru en 1991, étudie les raisons médicales de cette mort.

Une maladie professionnelle au Japon

Depuis les années 1970, le karoshi est reconnue comme une maladie professionnelle au Japon. Il se concrétise dans la plupart des cas par un arrêt cardiaque à la suite d’une charge de travail ou d’un stress trop important.

Depuis 1987, le gouvernent japonais publie des statistiques sur le karoshi. Les experts qui analysent ces chiffres constatent qu’ils sont en hausse continue. La mort par surtravail serait alors le résultat de profondes transformations sociales au Japon depuis les 20 dernières années, et feraient partie des séquelles de la Décennie perdue.

C’est ainsi qu’entre avril et mars 2006, 157 décès dus au karoshi ont été comptabilisés, et 173 personnes qui en héritent une sévère dépression. Cette période étudiée constitue un record pour le Japon.

Un phénomène culturel

Un rapport gouvernemental de 2016 montre que les japonais travaillent significativement plus que d’autres peuples. En effet, il y figure que plus de 21% des japonais travaillent plus de 49h par semaine en moyenne, alors qu’aux Etats-Unis ils sont plus de 16%, et 10% en France.

Dès l’enfance, les japonais sont conditionnés à beaucoup travailler, ainsi qu’à respecter et à obéir au doigt et à l’œil ses supérieurs, au risque de sacrifier sa santé ou son bien-être.
C’est ainsi que le monde de l’entreprise est extrêmement codifié au Japon, et peut sembler très rude pour ceux qui n’y sont pas habitués. Une excellente lecture pour mieux comprendre le système de travail japonais tout en se laissant porter par la belle plume d’Amélie Nothomb est évidemment le roman Stupeurs et Tremblements (Albin Michel, 1999).

Comparaison internationale

Plusieurs cas de workaholism sont de plus en plus médiatisés en Occident. En effet, on peut se rappeler du stagiaire de la City de Londres mort en 2014 à 21 ans, après avoir enchaîné trois nuits blanches à travailler.

 

Que pensez vous de cet article ?