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Le "workism", ou le travail pour religion

8/22/2022

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Dans son essai datant de 1930 « Economic Possibilities for Our Grandchildren », l’économiste John Maynard Keynes prévoyait que les journées de travail au XXIè siècle ne dépasseraient pas 15 heures. Pourtant, alors même que les Français travaillaient en 2022 en moyenne 37 heures par semaine, leur rapport au travail n’a jamais été aussi complexe.

Quand le travail n’est pas simplement un élément de votre quotidien, mais bel et bien le centre de votre vie, vous êtes définitivement adepte du workism. Ce nouvel attachement au travail questionne sur ce nouveau manque d’équilibre introduit par la crise de la COVID-19.

Le workism : une définition 📖

Le workism, anglicisme désignant une religion du travail (work), ne désigne pas seulement le fait d’allouer une grande partie de son temps, et de sa vie, à son travail. Tout un chacun sait que le travail mobilise la majorité de notre temps d’adulte, et ce toute notre vie durant. le workism considère pourtant cela sous un angle presque mystique.

Le workism consiste à envisager son rapport au travail sous un angle presque religieux, en l’idéalisant et lui allouant tout notre temps disponible.

Ce phénomène est particulièrement présent aux États-Unis. Contrairement à d’autres pays tels que l’Allemagne et les Pays-Bas qui, entre 1950 et 2012, ont vu le volume horaire par employé baisser de 40 %, celui des États-Unis n’a diminué que de 10 %. Ainsi, pour Samuel P. Huntington, dans son ouvrage de 2005, Who Are We?: The Challenges to America's National Identity, American people « work longer hours, have shorter vacations, get less in unemployment, disability, and retirement benefits, and retire later, than people in comparably rich societies ».

La naissance du workism 🛎

C’est en 2019 que Derek Thompson, journaliste américain, utilise pour la première fois le terme « workism ». Il désigne ainsi un nouvel idéal basé sur le travail, qui ne consiste plus en une fiche de paye à la fin du mois, mais en un objectif ultime de vie.

« Le workism, c’est la pensée que non seulement le travail est nécessaire à la vie économique, mais qu’en plus il doit être au centre de notre identité et que c’est lui qui donne du sens à nos journées. Cela inclut l’idée que le bien-être humain passe donc nécessairement par davantage de travail. » — Derek Thompson

Cette conception du travail est particulièrement prégnante chez la jeune génération. Dans un rapport de Pew Research sur l’épidémie d’anxiété chez les jeunes, on note que 95 % des adolescents reconnaissent qu’« avoir un job ou une carrière qu’ils apprécient » serait « extrêmement ou très important » pour eux en tant qu’adultes. Cette priorité tenant au travail dépasse même celle « d’aider les individus qui sont dans le besoin » (81 %) ou encore « se marier » (47 %).

Pour le workism, il ne s’agit donc plus désormais de simplement aimer le travail que l’on fait, mais surtout de trouver du sens dans ces longues journées. Des termes plus percutants tels que « l’épanouissement » au travail ont ainsi pu apparaître dans la société pour permettre à l’individu de mieux accepter d’allouer la quasi-intégralité de leur temps à leur travail. Ainsi, en France, les individus travaillent en moyenne trente-sept heures par semaine.

Une vision du travail critiquée 🔨

Pour l’auteure Charlotte Cramer (« The Purpose Myth: Change the World, Not Your Job »), le travail ne doit pas être jouer un rôle si important dans la vie d’un individu. Comme l’indique son livre, changer le monde est plus important que changer son travail. Dès lors, Charlotte Cramer considère que le sens de la vie ne réside pas en des journées de travail de neuf heures à dix-huit heures. Il faudrait ainsi, selon elle, se détacher de cette conception du travail centrale dans le quotidien de l’individu.

Dans cette lignée, le sociologue Jamie McCallum considère que les journées de travail aux horaires impossibles auraient imposé dans l’imaginaire collectif, le workism. Il s’agirait ainsi d’une réaction à la politique économique, notamment menée outre-atlantique. De cette manière, le travail s’est rapidement orienté vers une quête de sens. Phénomène également psychologique, puisque si les journées de travail sont aussi longues, cela ne laisse que très peu de temps au développement d’autres activités de loisir.

Le travail pour échapper à la réalité pendant l’épidémie de COVID-19 😷

La pandémie de COVID-19 a remanié les cartes en matière d’organisation et de temps de travail. L’organisation en distanciel a ainsi allongé les journées de travail d’environ 48 minutes par jour, pendant le premier confinement.

Ainsi, alors même que l’emploi était originellement cantonné au sein d’un bureau en entreprise, désormais, le travail s’est invité à domicile. L’organisation de réunions en distanciel a eu pour effet de brouiller la frontière entre vie personnelle et professionnelle. Puisque les individus travaillaient chez eux, il leur était difficile de couper et de se déconnecter totalement. Il n’y avait finalement plus de frontière physique entre le travail et la décompression, auparavant matérialisée par le passage du pas de porte.

Toutefois, ce manque de frontière entre le domicile et le travail a pu avoir un effet de culpabilisation sur les individus.

Durant les épisodes de confinement, le travail a ainsi pu être un refuge pour certains individus. Travailler dur permettait de pallier le manque de sorties et de rencontres sociales. Les seules interactions admises étaient ainsi organisées par ordinateur interposé. Pour Charlotter Cramer, « on peut le voir (le travail) comme un bon réflexe d’adaptation, qui permet à la personne de sortir la tête de l’eau, ou au contraire d’attendre que la vague passe. Mais côté épuisement voire burn-out, ça peut faire des ravages. Pourquoi ? Parce que la frontière vie pro-vie perso devient hyper poreuse et ne joue plus son rôle. Je pense que les gens vont bientôt se réveiller, maintenant ou dans six mois, et ils seront complètement usés, avec des pertes de repères sur leur vraie identité. »

De nouvelles formes d’organisation du travail favorisant le workism ✅

Des suites de la pandémie de COVID-19, de nouvelles formes d’organisation du travail sont apparues. Il en est ainsi du travailleur indépendant en Freelance, ou encore du portage salarial, respectivement évoqués dans plusieurs articles d’OpenWork.

En effet, si ces nouvelles conceptions du travail offrent une plus grande liberté à l’individu, elles n’en sont pas moins plus efficaces pour lutter contre le workim. Un individu en Freelance, comme salarié porté, dispose d’une totale liberté d’organisation de sa journée de travail. S’il souhaite allouer davantage de temps à ses activités de loisirs, cela est possible. A contrario, s’il souhaite davantage travailler, il peut rechercher d’autres clients et augmenter son volume horaire hebdomadaire.

Dans un objectif ultime de productivité, le portage salarial et le Freelance permettent aux individus de travailler sans véritablement prendre de pause. Différents du statut salarial qui impose des heures précises pour une journée de travail, le travailleur indépendant est libre dans son organisation. Dès lors, il peut être plus difficile dans ce cas de respecter un certain équilibre de vie, entre vie personnelle et vie professionnelle. De même, une journée entièrement rythmée par le travail ne laisse que peu de temps aux activités personnelles, telles que le sport, les sorties entre amis ou encore les activités culturelles.

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