L'efficacité au travail est-elle mise en danger par une crise de l’attention ?

Futur et Travail

9/7/2020

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L'efficacité au travail est-elle mise en danger par une crise de l’attention ?

Pourquoi le bureau n’est-il pas le lieu où on travaille le mieux ?

L’efficacité au travail est au centre des préoccupations des travailleurs. Pourtant, c’est particulièrement au bureau que nous avons le plus de mal à nous concentrer. Nous vous en parlions ici : comme le souligne Jason Fried dans son TedX “Why work doesn’t happen at work, la plupart des employés avouent mieux travailler partout, plutôt que dans leur bureau. Pourquoi ? Car l’efficacité au travail est souvent coupée par d’incessantes réunions, demande d’aide, apostrophe d’un collègue.

Mais ce qui est en cause, c’est autant notre concentration que le temps que nous passons à faire autre chose que ce qui nous est demandé. Poussés notamment au multitasking, à la distraction, nous arrivons souvent à la fin de la journée sans avoir parvenu à se sentir efficace.

L'efficacité au travail est-elle mise en danger par une crise de l’attention ?

Pourtant, cette sensation d’efficacité, souvent associée à la notion de productivité, est un prisme inculqué par le système capitalistique : nous avons appris que l’économie ne peut fonctionner qu’avec la croissance, que nous ne sommes efficaces que si nous “produisons” quelque chose. Aujourd’hui, ce prisme semble déformé, et ce système semble atteindre sa limite, comme le montrent de nombreuses réflexions d’économistes sur d’autres conceptions du travail au travers de nouveaus systèmes économiques. Du revenu universel au temps partiel, jusqu’au télé-travail, les nouveaux modes de travail supposent aussi une autre manière de concevoir l’efficacité. Dès le XIXème siècle, des penseurs et des écrivains ont rêvé d’une société moins axée sur le travail, d’Oscar Wilde dans Soul of a Man under socialism : “While Humanity will be amusing itself, or enjoying cultivated leisure … or making beautiful things, or reading beautiful things, or simply contemplating the world with admiration and delight, machinery will be doing all the necessary and unpleasant work”, à Paul Lafargue, théoricien d’un droit à la paresse. En ces temps de confinement, ces réflexions sont particulièrement intéressantes : elle nous permettent de questionner ce que veut dire l’efficacité, et si celle-ci est vraiment pertinente en tant que critère pour évaluer le travail.

L’impact du numérique sur notre supposée “efficacité”

Or si l’on doit parler d’efficacité, on ne peut en parler sans parler d’attention et de concentration. Qu’il s’agisse des e-mails, des notifications ou du bruit de l’open space, l’attention est mise à rude épreuve lorsque nous cherchons à être efficaces. Consulter ses e-mails 10 fois toutes les heures pendant que son smartphone affiche des notifications WhatsApp ou Instagram ne semble en effet pas vraiment la configuration idéale pour se concentrer et travailler efficacement. Si aujourd’hui, de nombreuses méthodes existent pour savoir se concentrer et êtres plus productifs, c’est bien parce que l’attention qui est la nôtre est devenue un bien marchand pour les entreprises du numérique, à tel point que nous sommes rentrés dans ce que Yves Citton nomme “l’économie de l’attention”.

En effet, le XXIème siècle, est celui de la pollution mentale. Pour Dan Nixon, économiste, cette menace est double. Il y a, d’une part, un impact direct des distractions sur le temps effectif passé à travailler. L’internet est en soit une grande distraction : “les Américains passent en moyenne 1 heure de leur temps de travail sur les réseaux sociaux, et les « millennials » (ici considérés comme étant nés entre 1980 et 1999) en moyenne 1,8 heure, montrait une étude de la Fondation de la Chambre de Commerce américaine réalisée en 2012 (donc déjà un peu datée).” souligne cet article de Usbek et Rica.

Alors comment faire pour, si ce n’est être efficaces, se sentir suffisamment concentrés pour accomplir les tâches qui nous sont incombées sur une journée de 8 heures ? Tout d’abord, dédramatiser : le travail orienté sur la productivité des travailleurs est voué à disparaitre, comme l’évoquent de nombreuses fictions, dont cette série de podcasts créée dans le cadre de la biennale de saint-etienne en 2017 par l’auteur de science-fiction Alain Damasio. Puis, s’organiser : de nombreuses méthodes existent pour monitorer et challenger son efficacité, de la méditation au contrôle du temps passé sur son téléphone.
 

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