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L'Entreprise Libérée

6/23/2014

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Benoit Debray

L'entreprise libérée- Nous évoquions dans l’article précédent le risque de voir l’entreprise se replier sur elle-même, chacun se cristallisant sur des revendications individuelles au détriment de la performance collective. Enfermé dans un rapport de forces hiérarchiques, nous en serions alors réduits à renoncer à exprimer une opinion personnelle alors même qu’un seul, en préservant sa pensée critique autonome, peut parfois se montrer plus intelligent que tout un groupe. Faudrait-il protéger l’entreprise de ses membres en instaurant pour sa sauvegarde un ordre supérieur auquel tout le monde se plierait ?

L’homme est il un « animal politique » comme le dit Aristote ou au contraire « un loup pour l’homme » qui ne consent à arrêter « la guerre de tous contre tous » que lorsqu’il est contraint par une autorité supérieure ? Thomas Hobbes s’est posé cette question pendant une période troublée de l’histoire de l’Angleterre (English Civil War, 1641-1651). Il en a conclut que pour le salut de l’humanité, chacun devait transférer ses droits à un Souverain, dépositaire de l'État. Par ce contrat, la multitude des individus étant ramenée à l'unité du Souverain, s’instaure une « puissance de droit divin » capable de tenir chacun en respect par la crainte du châtiment. Remplaçons les mots « Souverain de droit divin » par « Mandataire Social » et « Châtiment » par « Licenciement » et nous obtenons l’image d’une entreprise hiérarchique, bien organisée qui « marche comme un seul homme » !

Il faut garder à l’esprit que par ce contrat social l’individu renonce à son autonomie au profit du Souverain en l’échange d’une garantie de sécurité, ce qui n’était pas un vain mot à l’époque de Thomas Hobbes. Cependant, à partir d’un certain niveau de civilisation, l’économie mondialisée et un état de sécurité convenable en l'occurrence, la situation se complique et nécessite de remettre en avant les qualités « politiques » des humains chères à Aristote et Hannah Arendt. C’est à dire en restaurant une forme accrue d’autonomie des personnes.

l'entreprise libérée

l'entreprise libérée

La réduction de l’entreprise mondialisée à un système de processus en amélioration continue pilotée par le haut court-circuite la pensée. Elle empêche l’autonomie des acteurs de s’exprimer et se prive des modes d’organisations qui s’établissent spontanément au contact des clients et de l’environnement en général. Un déterminisme trop strict, incapable de penser la complexité de l’entreprise et de son environnement, ignore en effet les phénomènes d’émergence de nouvelles formes d’organisation nécessaire à la poursuite du développement.

Partant du constat que les acteurs de l’entreprise possèdent à eux tous un savoir considérable, un raisonnement limité aux processus postule que cette information pourrait être rassemblée en un point qui deviendrait le lieu de la décision. Or la réalité montre qu’il existe des connaissances qui émergent spontanément des interactions qui se produisent au sein des réseaux sociaux que constitue l’entreprise et ses clients. Il n’existe donc pas de lieu central où l’on puisse sommer tout ce qui est intéressant. La connaissance est distribuée et nul ne peut se l’approprier dans son ensemble. L’entreprise n’accroitra donc sa capacité d’action que si elle fonde son mode de fonctionnement sur l’autonomie accrue de ses membres.

Le modèle d’entreprise hiérarchique strict, à la Thomas Hobbes, est donc condamné à disparaitre notamment parce qu’il ne permet pas une ouverture suffisante vers les clients. Une conception plus humaniste de l’entreprise est nécessaire pour que celle ci puisse continuer à se développer. Cette vision de l'entreprise est réalisable si, en s’appuyant sur l’esprit d’éthique, elle rend crédible de nouvelles formes de solidarité collective. A nous de jouer !

L'entreprise libérée, Benoit Debray - Le Monde Après

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