Les micro-travailleurs, les nouveaux freelances du tiers monde

Futur et Travail

3/10/2017

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Rochna Zaki

La nouvelle économie collaborative et numérique n’est pas uniquement composée des youtubeurs ou des géants du web que sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), les NATU (Netflix, AirBnb, Tesla, Uber) voire les chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Derrière ces multinationales aux comptes de résultat bien garnis se cachent la partie émergée de l’iceberg, des millions d’anonymes qui font marcher cet écosystème au quotidien, du chauffeur Uber au vendeur Apple ou au développeur Google. Mais l’économie numérique cache aussi d’autres pratiques et formes de travail. C’est le cas notamment du « micro-travail », une pratique en plein essor qui a été récemment médiatisée.

Définition

Le micro-travail désigne un ensemble de toutes petites tâches numériques qui ne peuvent pas encore facilement être robotisées et qui sont sous-traités sur des plateformes numériques afin d’être réalisées par des internautes, les micro-travailleurs. Ces tâches peuvent être très diverses et font appel à des niveaux de qualification très variés. Sur ces plateformes, on peut par exemple trouver l’identification d’images, la vérification de mots-clés, des traductions, l’inscription sur des sites internet voire même l’écriture de commentaires sur des forums ou des sites Internet. Aucun statut particulier n’est requis pour s’inscrire sur les plateformes que sont par exemple Mechanical Turk, Tongal, Taskrabbit, 5euros.com… Ce ne sont d’ailleurs pas les offres qui manquent : elles proviennent principalement d’entreprises, des grands groupes (Amazon a créé la plateforme Mechanical Turk et a popularisé le jobbing, qui regroupe plus de 500 000 micro-travailleurs réguliers). Ces micro-travailleurs - ils seraient plus d’une centaine de millions dans le monde!- sont majoritairement issus des pays en développement d’Afrique et d’Asie : on y trouve notamment beaucoup d’Indiens et d’Indonésiens, qui maîtrisent souvent l’anglais et bénéficie d’un fort taux de connexion. Mais des Français commencent également à rejoindre le mouvement.

Limites et perspectives

Les critiques à l’égard de ces plateformes sont légions. Nombreux sont les observateurs à dénoncer une nouvelle forme d’exploitation, profitant de la condition d’habitants de pays peu développés pour leur offrir un salaire de misère pour réaliser des tâches parfois chronophages. Ainsi, selon l’institut de recherche américain Pew Research Center, près de deux tiers des offres sur la plateforme d’Amazon proposent un salaire de moins de 10 centimes de dollar. De plus, ces micro-jobs n’offrent bien sûr aucun système de protection sociale et pour couronner le tout : les jobbers ne sont pas payés si leurs employeurs ne sont pas satisfaits de leur prestation.

Enfin, ces tâches sont extrêmement divisées et parcellées, ce qui ré-ouvre le débat du sens du travail face à des tâches de plus en plus partielles, mis en avant dès 1956 par le sociologue Georges Friedmann. On parle parfois de « l’économie du partage des restes », définie ici par l’ancien secrétaire d’Etat américain au travail Robert Reich :

«De nouvelles technologies informatiques rendent possible le fait que pratiquement tout emploi puisse être divisé en des tâches discrètes qui peuvent être morcelées entre travailleurs le moment voulu, avec une rémunération déterminée par la demande pour ce job particulier à un moment particulier».

Alors, partage des restes et avilissement des travailleurs d’un côté, change d’améliorer le quotidien pour quelques travailleurs pauvres de l’autre, toujours est-il que la face cachée de l’économie numérique n’est pas aussi sexy que le laissent croire les locaux colorés de Google ou la décontraction de Mark Zuckerberg…

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