Retournement des entreprises : nos 7 questions à Bertrand de Taisne et Marc Babic

10/22/2020

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Le 15 octobre 2020, nous recevions pour un webinar OpenWork Bertrand de Taisne et Marc Babic de l’Académie Consultant Expert sur le thème « Retournement des entreprises : quelles compétences acquérir ? ». 

Après l’événement, nous leur avons posé 7 questions pour présenter le sujet à celles et ceux qui auraient raté la présentation. C’est parti.

 

1.    Pour commencer, on ne va pas se mentir, la crise traversée depuis mars 2020, en France et dans le reste du monde, est une crise majeure. Comment mesurez-vous son ampleur ?


La crise qui s’est déclarée début 2020 est retentissante, car il y a un choc de l’offre, un choc de la demande et un choc du comportement. Clairement, plus rien ne sera comme avant. Sans vouloir assommer de chiffres, la baisse attendue du PIB (Produit intérieur brut) serait la baisse la plus forte rencontrée par la France depuis 1960. La dernière crise majeure fût celle de 2008 qui avait cependant relativement épargné la France, comparée à d’autres pays. 


Cela va être dur. Raison de plus pour ne pas baisser les bras, ni rester les bras croisés. C’est l’action qui sera déterminante.


2.    Quand on est consultant.e indépendant.e, quel est l’impact sur les missions et comment y remédier ?


Le réflexe classique d’une entreprise, et tout à fait compréhensible, lorsque son équilibre financier est en péril, c’est de chercher à baisser les coûts. La réduction des dépenses se traduit souvent par un gel ou un arrêt des missions de conseil. Or c’est là, que les consultant.e.s doivent pivoter dans leur mode d’accompagnement pour participer au retournement des entreprises. C’est-à-dire une remise à flot sur le long terme. 


En période agitée, l’entreprise a besoin de ressources stratégiques pour penser son avenir : stratégie, développement commercial, management des équipes, ressources humaines communication… les besoins ne manquent pas. Il faut savoir se présenter non pas comme un centre de coûts, mais comme un vecteur de futurs profits.


3.    Quelles sont les étapes à passer pour réussir un retournement ?


L’entreprise doit parcourir 8 étapes indispensables : 

 

  • Restaurer la trésorerie.
  • Baisser les charges.
  • Améliorer la productivité.
  • Augmenter la valeur de l’offre.
  • Trouver la croissance rentable.
  • Optimiser l’organisation.
  • Communiquer.
  • Anticiper l’après-crise.


4.    Le mot « licenciement » se fait très rapidement une place dans les échanges. Comment passer du plan A (licenciement) au plan B (une nouvelle vision qui repose sur des forces vives) ?


Le risque pour l’entreprise si elle entreprend trop rapidement des coupes dans la masse salariale, est de ne plus disposer des ressources humaines lorsque l’activité repart. Si elle ne peut fournir ses produits ou ses services, c’est un second effondrement du modèle, souvent fatal. Pour passer au plan B, il faut fixer de nouveaux objectifs stratégiques (réalistes), redémarrer les ventes, améliorer les process pour préserver et augmenter la marge.

On ne passe cependant pas en un claquement de doigts de la crise à la solution. La phase de diagnostic est essentielle : quelles sont les urgences pour s’assurer de la viabilité de l’entreprise ? Quelles sont les raisons de la situation ? Comment mener des actions rapides de sauvegarde ? Quels sont les enjeux personnels des dirigeants qui doivent être intégrés à l’analyse ?

5.    Quelles sont les principales actions à mener en termes de trésorerie ? 


Le scénario « catastrophe », c’est : crise économique → baisse de la demande → baisse du chiffre d’affaires → crise de liquidité → crise de solvabilité. Une crise qui peut mener au dépôt de bilan.


Les actions à mener en termes de trésorerie s’arbitrent entre des apports bancaires supplémentaires, des apports en compte courant, des reports de décaissement ou encore la mobilisation d’aides publiques, comme actuellement le PGE (prêt garanti par l’État).
D’autres aides gouvernementales sont à activer : négocier les délais de paiement des échéances sociales ou fiscales (Urssaf, impôts…), mettre en place un dispositif de chômage partiel si certaines activités sont à l’arrêt, solliciter la garantie de BPI France pour obtenir de nouvelles lignes de trésorerie bancaires…. 


6.    War Room et Task Force : quelle organisation et quelle équipe pour le retournement d’une entreprise ?


A l’image des pièces secrètes creusées dans le sous-sol par Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale, une War Room est un véritable centre de commandement. Il mobilise les cadres dirigeants, et le plus souvent des intervenants externes qui aident à tenir le cap, sans céder aux tentations de remettre en cause les décisions prises. Les difficultés rencontrées en chemin ne doivent pas faire dévier de l’objectif visé s’il est toujours considéré comme le bon objectif. Dans la War Room, il y a 4 indicateurs sur lesquels on a les yeux rivés lors de la crise de liquidité : la trésorerie, le besoin en fonds de roulement, la marge et la contribution financière.


À côté de ces indicateurs prioritaires, les objectifs complémentaires ne doivent pas être sacrifiés, comme : 

  • La satisfaction des clients.
  • La performance.
  • La productivité.
  • L’innovation. 


Côté ressources humaines, il n’est pas question non plus de remettre en cause la santé et la sécurité des employés, la culture d’entreprise, le développement des compétences… Sans Task Force, la War Room est une coquille vide.

7.    Quelles actions concrètes mènent les consultant.e.s spécialisé.e.s en retournement des entreprises ?


Sans faire de liste exhaustive, les outils manipulés par ces professionnels, sont par exemple des bilans et prévisionnels de trésorerie, le calcul des charges fixes et variables, l’analyse des contrats fournisseurs, le calcul du seuil de rentabilité, la mise en place d’un tunnel de conversion des leads, les tableaux d’analyse des stocks, les simulations de cash, un plan de communication de crise… La variété des sujets fait qu’il est fréquent d’intervenir en binôme dans une entreprise pour couvrir les compétences exigées.

Pour conclure, le retournement des entreprises repose sur une complémentarité des compétences entre les finances, la production, les ressources humaines, la logistique et le commercial. L’équipe peut être constituée de ressources internes et de ressources externes. C’est d’autant plus le cas en période agitée que l’entreprise ne va pas procéder à un recrutement pour éviter d’augmenter sa masse salariale.

 

 


Marc Babic est consultant depuis plus de 20 ans sur des missions de conseil et de redressement d'entreprises en France et en Allemagne. Il a une vision transverse de l'entreprise ayant exercé des fonctions commerciales, en R&D et en production.

Bertrand de Taisne dirige un cabinet spécialisé en stratégie, accélération de croissance et redressement d'entreprise. Tous deux issus d'une double formation, École d'ingénieurs et MBA, ils ont créé en 2020, l'Académie Consultant Expert. Leur formation "phare" est tout naturellement consacrée au retournement d'entreprise en temps de crise.

Le webinar était coanimé par Caroline Sarrazin, Responsable Relation Consultant et Entreprise pour la société de portage salarial OpenWork. N’hésitez pas à prendre contact pour poursuivre les échanges : webinaires@lemonde-apres.com

Retrouver la description de la formation « Devenir un expert en retournement des entreprises en temps de crise » sur le site de l’Académie Consultant Expert.

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