Vous êtes français ? Vous êtes cadres ?...

Actualités-

7/12/2016

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Maxime Nerguisian

...Vous cherchez à améliorer votre management ? Quelques pistes de la part de vos pairs étrangers…

Grâce à une étude menée en 2015 par Yasmina Jaïdi[1], Frank Bournois[2] et Ezra Suleiman[3], trois chercheurs intéressés par l’entreprise et ses sujets interculturels, un profil type du cadre français a pu être dressé.

Dans une optique d’amélioration de performance à moyen et long terme, la méthodologie de l’exercice est originale. Franck Bournois explique qu’ils se sont attachés à regarder « pas simplement la cuisine d’un pays, en demandant aux cuisiniers de ce pays de dire comment est faite sa cuisine mais on a voulu regarder les choses à l’envers en demandant aux convives, aux invités dans ce pays, comment les choses se font. » L’enquête sur le management français vu d’ailleurs a donc consisté à interroger des cadres étrangers travaillant dans 19 grands groupes français sur leur perception du management à la française.

Après dépouillement des réponses à un questionnaire de 39 questions adressé à plus de 2000 managers internationaux, il ressort que le management tel qu’incarné par les cadres français est « unique » pour 63% des interrogés.

Le positif

  1. Le top management français est ouvert

L’accès au top management des entreprises françaises n’est plus conditionné par la maîtrise du français, par exemple. L’anglais est souvent la langue de communication au sein de comités de direction multiculturels. Une vraie culture du dialogue et du débat d’idées est également notable, mettant l’accent sur la liberté d’expression parmi les cadres français.

  1. Le management français est très humain

Le manager français est « très soucieux de la qualité de la relation qu’il a avec chacun des membres de son équipe » selon la formule de Yasmina Jaïdi. Il y a une vraie prise en compte de l’individualité de chacun.

  1. Le cadre français est brillant et adaptable

Autre compliment, le cadre français est « très brillant intellectuellement, très conceptuel, très tourné, aussi, vers la résolution de problèmes complexes » selon Yasmina Jaïdi. Il sait à la fois mettre en place des process et ne pas s’en rendre esclave, c’est-à-dire s’en détacher pour choisir une solution optimale adaptée à une situation donnée. Le cadre français peut donc faire preuve de virtuosité mais aussi de pragmatisme.

  1. Culture de performance importante

Dans les entreprises françaises, on avance au mérite. Ezra Suleïman note ainsi que ce qui compte c’est « ce que vous avez fait » et « comment vous avez accompli les tâches qu’on vous a assigné ». La performance est donc valorisée comme critère numéro 1 de progression chez les cadres français.

Les axes d’amélioration

  1. La culture de l’informel

Au quotidien, une grande partie de la communication se fait de façon implicite, au déjeuner par exemple plutôt qu’aux réunions officielles. Les étrangers pointent la nécessité pour eux d’apprendre rapidement à lire entre les lignes.

  1. Une hiérarchie encore trop rigide

Le cadre français se montre certes très à l’écoute, très humain, mais c’est encore le chef qui a le dernier mot. Un facteur à mettre en parallèle éventuellement avec sa difficulté relative à construire des équipes investies et performantes. Si le cadre français excelle dans sa relation individuelle avec chacun de ses collaborateurs, il peut encore s’améliorer au niveau collectif.

  1. L’importance excessive accordée aux diplômes des grandes écoles

Beaucoup d’étrangers ont du mal à comprendre pourquoi les cadres français précisent même après 10 ans de carrière qu’ils ont fait Polytechnique ou HEC, comme si le diplôme parlait encore de façon pertinente de leurs compétences diverses face à l’étendue de leur expérience.

 

Finalement, les managers internationaux ont produit des réponses très constructives pour les cadres français. Ces réponses sont bien évidemment à relativiser selon leurs 96 origines différentes. Ainsi, il faut en moyenne 15 mois à un cadre américain pour s’adapter à la culture française et seulement 6 mois pour un cadre chinois. Mais in fine, point besoin de French bashing, les résultats s’avèrent bien encourageants dans l’ensemble !

 

Références

http://www.ciffop.fr/node/373

http://www.xerfi-precepta-strategiques-tv.com/emission/Yasmina-Jaidi-Comment-les-etrangers-voient-les-managers-francais_2907.html

 

 

[1] Université Panthéon-Assas, CIFFOP, chercheur associé au LARGEPA

[2] Université Panthéon-Assas, CIFFOP, chercheur associé au LARGEPA, Directeur Général d’ESCP Europe

[3] Princeton University

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